MANIFEST-E/0

ODE à celleux qui ont fait le choix de bouger pour lutter contre le néant du divertissement dans ce monde en plein bouleversement. 

ODE à celleux qui font le choix de soutenir l’effondrement. 

 

Pour que ces mouvements migrateurs témoignent et défendent notre liberté de se mouvoir comme la première des libertés. 

Pour que nous partagions et explorions nos stratégies de résistance au travers de la valse poétique de nos corps dansants.  

Pour que nous évoluions dans ces zones liminales, ces royaumes profondément TRANS. 

Pour que nous occupions ces espaces de la représentation, et que nous reprenions le contrôle des narratifs qui nous définissent et qui nous collent à la peau, pour que nos imaginaires influencent à leur tour cette réalité. 

Pour que la pensée permaculturelle chante les louanges de la biodiversité et efface cette tentation de la pensée unique, de l’universalité à la monoculture. 

Pour que nous célébrions nos diversités, nos communautés minoritaires et marginalisées. 

Pour que nous voyions éclore des corporalités transculturelles, une créolisation consciente du monde de communautés en localités. 

 

ODE aux nombreux héritages qui nous ont traversé, à nos histoires multiples interconnectées.

ODE à Yvonne Rainer pour avoir su dire non au spectaculaire et à la virtuosité, à Anna Halprin pour sa recherche de sens  et de communauté. 

ODE à José Esteban Muñoz, Paul B. Preciado, Jack Halberstam... et à tous ces êtres qui ont donné tout leur souffle à la recherche, pour que nos échecs et nos fuites perpétuelles vers ces ailleurs et lointains inatteignables puissent enfin être perçus comme des affirmations présentes de nos possibles futurités. 

ODE à toutes ces personnes qui ont lutté, à ces corps libérés, décolonisés, merveilleusement trans dans toutes leurs possibilités. 

 

Pour qu’à la suite des recherches d’Edward Said, nous proposions enfin une production culturelle affranchie de son impérialisme et que la culture que nous transmettions s'émancipe enfin de ces valeurs coloniales, racistes, homophobes et misogynes. 

Pour davantage d’oeuvres communautaires, de processus horizontaux et de processus qui ne soient pas délaissés au profit du seul résultat.  

Pour des oeuvres qui se déplacent et se ré-inventent constamment, de multiples formats en initiatives localisées. 

Pour une créativité rhizomatique qui ne trouverait sa centralité que dans ses multiples échanges, ses voyages et ses rencontres dans les recoins du Tout-Monde d’Edouard Glissant.

 

ODE aux sourires et à l’amour qui s’insinuent jusque dans les pores de nos logiques de productions artistiques.

Pour que nos danses aillent à contre-sens. Qu’elles soient vibrantes et nomades, bruyantes et rebelles, solidaires et soutenables, jouissives et plaisantes. 

Pour que nous, queer et minorisés, utopistes et marginaux, puissions aussi danser avec fierté.

Pour que ces mouvements migrateurs s’infiltrent jusque dans le quotidien de nos villes et campagnes.   

Pour que ces futurités queer évoquées soient encore et encore invoquées, performées infiniment au présent.

Pour que ces utopies s’incorporent jusque dans les tréfonds de nos corps, et puissent rayonner pour séduire d’autres êtres vibrants à leur tour. 

ODE to those who have made the choice to move against the void of entertainment in this upheaving world.

ODE to those who are choosing to support this collapse.

 

So that these migratory movements testify and defend our initial freedom to move.

So that we can share in the exploration of resistance strategies through the poetic waltz of our dancing bodies.

So that we can continue to evolve within the liminal areas, in these king&queen-doms, deeply TRANS.

So that we can occupy these spaces of representation. To regain control of the narratives that define us and seep into our blood allowing our imaginaries to influence our realities.

So that permacultural thought sings the praise of biodiversity and erases the temptations of one-track thinking, from universality to monoculture.

So that we can celebrate our global diversity inclusive of the minority and marginalized communities.

So that we will see an increase in the emergence of transcultural corporalities, the conscious creolization of the world from communities to localities.

 


ODE to the multitude of heritages that runs through and connects us all.

ODE to Yvonne Rainer for saying no to spectacularity and virtuosity, and to Anna Halprin for her constant search for meaning and community.

ODE to José Esteban Muñoz, Paul B. Preciado, Jack Halberstam ... and to all those beings who have given their breath to research, so that our failures and perpetual escapades to those unreachable and distant elsewheres can finally be perceived as present affirmations to our possible future. 

ODE to all those who have struggled, to those liberated, decolonized bodies, wonderfully trans in all their possibilities

 

So in following Edward Said's research we propose a cultural production free from imperialism and emancipated from colonial, racist, homophobic and misognistic values. 

So we can create community based works from a non-hierarchical framework, grounded in placing value on process versus product

So we can build more works that constantly shift in their re-invention using multiple formats through localized initiatives.

So creativity will become more rhizomatic and find its centrality through diverse trades, travels and encounters in the corners of the Whole-World as conceptualized by Edouard Glissant. 

ODE to smiles and love that penetrate into the pores of our logic of artistic productions.

So that our dances can and will go against the common thread or logic making them nomadic and vibrant, loud and rebellious, supportive and sustainable, enjoyable and pleasurable.

So that we queer and minorized, utopians and marginals may also dance with pride

So these migratory movements infiltrate into the daily lives of our cities and countries' citizens

So these evoked queer futurities can be constantly invoked and performed infinitely in the present moment.

So these embodied utopias take stock in the depths of our bodies in turn radiating a positive seduction to other vibrants beings.